De tout cœur avec Manchester

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Guitare : 3 façons créatives d’enrichir une grille de 3 accords

La guitare est un instrument harmonique qui permet de développer une véritable originalité dans l’accompagnement. Comment être plus expressif, plus original sans tomber dans la sophistication ? Quelles sont les techniques d’embellissement que j’utilise concrètement dans mes compositions ?

1. La première chose à faire c’est d’embellir les accords. Il y a beaucoup de manières différentes de le faire, je vais te parler ici de mes deux préférées, celles que j’utilise tout le temps !

A. En substituant par l’accord relatif

Chaque accord de sixième possède un accord mineur septième relatif qui lui est absolument identique. C6 = Am7 : c-e-g-a = a-c-e-g. Cette relation est
facile à mémoriser puisque la fondamentale de l’accord mineur 7 est la sixte de l’accord majeur.

Prenons un exemple concret : ma chanson « Dix heures dans le noir » :


Voici la grille de base :

On peut substituer C à A-. Si je le remplace dès le début, on perd la couleur harmonique de la chanson. Je vais donc l’utiliser un peu plus loin dans la même mesure. Attention avec les substitutions d’accord, c’est comme avec le gingembre et le citron, ça doit s’utiliser avec parcimonie, un bon dosage. Ici il ne faut pas plus. Ce qui donne :


Et coup de bol, C est la dominante de F, ce qui facilite la transition.

B. En rajoutant des extensions

Toujours dans cette logique d’embellissement des accords, il est possible de rajouter une 7ème ou une tension (9, 11, 13) ou les deux aux triades de base
(1 3 5). Ce que j’adore faire c’est jouer ces accords enrichis en début de manche. Prenons la septième majeure : CM7, DM7, etc. Toutes les cordes sont utilisées et le jeu en début de manche donne beaucoup d’amplitude au son. Appliquons ça à ma chanson « Dix heures dans le noir » :

Il y a de nombreuses autres possibilités, comme les accords SUSPENDUS, Additionnés, mais on ne peut pas tout couvrir dans une seule vidéo de 5 minutes.
Si tu veux aller plus loin je t’invite à télécharger mon guide des accords ouverts, c’est gratuit ! Il suffit de cliquer ici

2. La deuxième chose à faire c’est d’enrichir ton jeu en le rendant plus précis. Il y a plein de manières différentes de le faire, je vais te parler de mes deux préférées ; le fingerstyle et la guitare percussive.

A. Fingerstyle

Le « fingerstyle » « c’est l’utilisation de chacun des doigts de la main droite de manière indépendante afin de jouer les pièces multiples d’un arrangement musical qui devraient normalement être joué par plusieurs membres d’un orchestre ; la basse, l’accompagnement harmonique, la mélodie et les percussions peuvent tous être joués simultanément lors du jeu en Fingerstyle ». Source wikipédia.

Ici on va s’inspirer de cette technique sans pour autant jouer la mélodie :

B.Guitare percussive. On essaie d’exploiter autre chose que les notes. Ça surprend le public.

3.La troisième manière c’est de capter l’oreille de l’auditeur en créant un Gimmick, une petite phrase, un son particulier, une formule rythmique identifiable qui imprégnera facilement la mémoire, comme dans la chanson de James Brown ; « can’t stand myself ». Et pour bien la différencier je vais la jouer à la guitare électrique.

Question du jour, dis-moi dans les commentaires ce que tu fais pour améliorer tes progressions d’accords, si tu as des astuces simples et efficaces à partager?

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5 artistes qui auraient mieux fait de ne pas chanter en français

Les anglos saxons se moquent souvent de l’accent à couper au couteau de nos artistes francophones qui chantent en anglais. Qu’en est-il des anglophones qui tentent de chanter en français ? S’il existe des exceptions pour lesquelles l’accent prononcé apporte un certain charme aux chansons (« Je ne veux pas travailler » de Pink Martini), il faut bien reconnaître que la langue de Molière n’est pas nécessairement facile à chanter et l’exercice s’avère souvent casse-gueule.

  1. Wyclef Jean fait des fredaines

Ne me quitte pas n’est pas le titre le plus réussi de Brel. Et pourtant Dieu sait si j’adore Brel. Ecrite en 1959 (en pentasyllabes !) après sa séparation avec une maîtresse dont il était amoureux depuis des années, le grand Jacques « nous embarque avec lui dans la vérité tangible d’un moment de sa vie »*. Mais on ne pleurniche pas après une nana pour tenter de la récupérer! Quand c’est fini, c’est fini.  Édith Piaf disait d’ailleurs de cette chanson : « Un homme ne devrait pas chanter des trucs comme ça». Et Léo Ferré de surenchérir : « des perles de pluies venant d’un pays où il ne pleut pas, ça ne veut rien dire! ».

La version de Wyclef Jean, au parcours jusqu’ici irréprochable, ne convainc pas. D’abord par la production numérique et lisse, sans dynamique, aux antipodes de la version organique originale ; la boucle batterie funk parfaite et sans variation (même pas une cymbale, un contretemps ici ou là), l’horrible guitare (MIDI?), les « feel me, ahaha, listen to my guitar », le rap intenable en anglais à la fin.

Les passages vocaux à l’octave approximatifs, l’interprétation encore plus surjouée que celle de Brel et l’accent français du chanteur rendent le tout peu compréhensible.

Même pas envisageable pour accompagner le dîner.

  1. Michael Jackson fait un bide

Mickael Jackson, la dernière véritable star planétaire, chanteur et danseur incroyable dont le répertoire ne vieillit peut-être pas aussi bien que d’autres de la même époque, nous fait l’honneur de chanter en français mais on ne comprend pas grand-chose en dehors des refrains. Dommage.

  1. David Bowie vire sa cuti

L’homme qui a chanté Amsterdam (dans une version traduite en anglais) a tous les droits. Père de famille accompli dans la seconde partie de sa vie revendiquant l’improductivité de l’usage de stupéfiant dans le processus de création, David Bowie nous propose une version en français de son tube Heroes. Au-delà de l’incompréhensibilité générale du titre on se rend compte à quel point le français et l’anglais ne « swinguent » pas de manière identique, une question d’accent tonique.

  1. Chris Cornell tombe dans le 36éme dessous

Je viens d’apprendre le décès inopiné du chanteur de Soundgarden (ça fait un choc, j’avais échangé quelques mots avec lui en 2007 dans les loges du Pukkelpop). Au-delà d’une carrière hallucinante et pour se détendre un peu voici une version en français de son titre « Can’t change me ». Chanter en français ne fut pas sa meilleure idée. Peu importe, le reste de sa discographie est plus pertinent! On pense à lui.

  1. Robbie Williams fait long feu

Il sait que ses derniers albums ne sont pas bons. Celui qui comprend les paroles des couplets peut m’envoyer un mail ! Pour rire au coin du feu.

Il est temps d’être sérieux et d’écouter des titres où la langue française est au mieux de sa forme : http://www.olivierjuprelle.com/10-artistes-francophones-a-suivre-en-2017/

Es-tu d’accord avec cette liste? Existe-t-il d’autres exemples de chanteurs qui auraient mieux fait de ne pas chanter en français? Dis-moi ce que tu en penses dans les commentaires!

Olivier Juprelle

* Claude Lemesle – « L’art d’écrire une chanson » – p. 143

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SKYPE avec JOSEPH D’ANVERS 😄💯‼

Joseph D’Anvers explique comment il a écrit le texte de ma chanson « Dix heures dans le noir » ainsi que les thèmes principaux de la chanson

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Interview chez Radio Arabel FM : La vidéo (vlog) des coulisses!

L’ équipe d’Arabel FM m’a invité dans leurs studios pour parler de mon disque « Sinomaniaque », de ma nouvelle version de « Dix heures dans le noir » et de plein d’autres choses. J’en ai profité pour prendre ma caméra et filmer quelques images des coulisses.

L’interview complète sera disponible àpd 8 mai.

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Courrier des auditeurs

Une petite histoire…. La fois où je t’ai entendu en concert à Ciney, c’était en mai 2014 je crois. Il y avait Li-Lo après. J’étais venue surtout pour ton groupe, après avoir lu ce qu’on en disait. J’ai été hypnotisée littéralement. Et c’est grâce à toi indirectement que j’ai rencontré mon amoureux qui est devenu mon époux depuis peu. Il a aussi eu l’idée de venir t’écouter et il était « comme par hasard » placé juste derrière moi….. Tu nous as porté bonheur 😉 Merci Olivier 🙂

Christine et Christian

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Emmanuel Macron : l’extinction de notre précieuse et irremplaçable culture francophone est en marche !

Emmanuel Macron a déclaré que la culture française n’existe pas, que l’art français il ne l’a jamais vu.  Cela voudrait dire qu’il n’y a pas de langue française mais une langue en France qui serait multiple. La langue française est pourtant la sève de notre singularité. C’est une langue qui est parlée partout dans le monde, c’est un lien social qui nous permet de nous comprendre, de partager, de ne pas être étrangers les uns aux autres. C’est aussi une manière de penser.

La culture francophone est un bien commun que je porte dans mon cœur, que l’on se doit tous d’enrichir. Elle n’est pas immuable et son développement trouve ses origines dans un ingénieux mélange de notre histoire. Dire qu’il n’y a pas de culture française c’est nier tout cet héritage, c’est soutenir l’emprise du marché sur la culture, c’est considérer nos particularismes comme des produits manufacturés. La culture doit rester une exception du marché et la culture francophone une exception culturelle. C’est un rempart contre l’uniformisation provoquée par la mondialisation et par la prédominance des industries culturelles américaines.

Baudelaire en parlait déjà au 19ème siècle : “La mécanique nous aura tellement américanisés, le progrès aura si bien atrophié en nous toute la partie spirituelle, que rien, parmi les rêveries sanguinaires, sacrilèges ou antinaturelles des utopistes, ne pourra être comparé à ses résultats positifs.”

Face à lui le Front National, qui pour le coup, revendique clairement dans son programme la volonté de valoriser le patrimoine français au maximum. Même au super maximum avec un risque clair d’isolement, de ghettoïsation.
L’équilibre se situe selon moi entre les deux, dans la croyance en nos saveurs, nos atmosphères, nos savoir-faire particuliers sans tomber pour autant dans la discrimination positive. C’est une véritable chance pour notre développement et notre rayonnement international.

L’approche dogmatique, matérialiste, d’Emmanuel Macron appauvrit notre patrimoine et notre industrie culturelle. Elle nous soumet aux lois du marché et nous empêche de redevenir exportateurs de culture. Avec Emmanuel Macron, l’extinction de notre précieuse et irremplaçable culture francophone est en marche !

Question du jour, dis-moi dans les commentaires ce que tu penses de la position des deux candidats à l’élection présidentielle sur le patrimoine culturel francophone ? Je t’avoue être un peu désespéré! C’est ça aussi la communauté de ce blog, être en connexion les uns avec les autres et c’est souvent dans les commentaires que je reçois les meilleures suggestions.

Merci!

Olivier Juprelle
Guitariste, auteur-compositeur-interprète en chanson française

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Nouveau son!

Nouvelle version, totalement acoustique, de « Dix heures dans le noir ». Pas de synthés ni de sampleurs comme dans l’original mais deux guitares en « fingerstyle », une nouvelle voix féminine (mais qui donc?), une percussion légère, une basse électrique et un peu de violons dans les refrains.

J’ai enregistré tous les instruments à la maison et c’est Erwin Autrique (Benjamin Biolay) qui m’a fait le grand plaisir de mixer le titre! Le texte est toujours de JOSEPH D’ANVERS.

Dis-moi ce que tu penses de cette nouvelle version dans les commentaires. La préfères-tu à l’originale, est-ce le contraire?  Le style acoustique fonctionne-t-il? Le mélange des deux voix est-il réussi? Merci!

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Comment être original?

Comment faire pour sortir du lot, plaire, avoir un petit plus, amener quelque chose de neuf, que l’on a pas encore vu et/ou entendu, qui accroche l’oreille et/ou la vue ?

Est-ce si compliqué d’écrire une chanson originale ?

De prime abord, cela nous paraît très simple : on enregistre des sons pour faire une basse rythmique qui au fond rappellent des bruits de chantier et on mixe le tout avec un quelconque bruit de moteur. On obtient alors une chanson qui n’a jamais été entendue auparavant.

Est-ce si compliqué de se comporter d’une manière nouvelle ?

Il suffirait, pour être bien remarqué visuellement, de se présenter complètement nu sur scène et de faire tout le concert sans se rhabiller. Evidemment, cela suppose que cela n’a jamais été fait, que c’est « neuf ».

Si l’on se penche sur cette chanson faite avec des bruits divers juxtaposés et plus ou moins ficelés en une « chanson », on peut se demander quelles sont les chances dans ces conditions d’avoir un grand succès. D’abord, on va penser qu’il n’y en a aucune parce que ça n’a pas l’air très sérieux. Pourtant, la dérision permet de se sentir libéré et le public peut être très sensible à cet effet de fraîcheur, comme en témoignent les succès historiques de Jacques Dutronc. De son côté, l’artiste qui écrit sans prendre ses compositions au sérieux peut se sentir libéré d’un poids énorme, qui est celui qui s’attache au fantasme de la création, qui est excessivement et pesamment « sérieux ». L’artiste peut alors prendre un certain recul par rapport à ce qu’il fait et c’est une force qu’il ne faut pas négliger.

Il se peut aussi que ça ne fonctionne pas du tout, le public n’y trouvant aucun repère, ne sachant pas identifier ce qu’il entend. Il y a donc là une relation très intéressante entre l’imitation et la création. Le groupe qui veut se démarquer avec du neuf se place d’emblée, qu’il le veuille ou non, dans une perspective historique, c’est-à-dire qu’il ne veut pas dans une première approche, être considéré comme un « clone » mais ne peut pas non plus s’empêcher d’imiter. Car les gens, artistes ou public, ont besoin de se rattacher à quelque chose qu’ils connaissent, qui existe déjà : tout le monde a besoin de repères. En créant une musique trop éloignée de ces repères, on perd les auditeurs et ça ne « mord » pas. Un groupe doit faire du neuf par rapport à ce qui existe, à ce que les gens ont l’habitude d’entendre, du neuf sans perdre le contact avec ce qui est déjà là. Il faut écrire des chansons qui ressemblent à quelque chose et on ne ressemble jamais à quelqu’un ou à quelque chose qui n’existe pas. Cette question de ressemblance est essentielle, parce qu’elle renvoie à une question de communauté, de famille, d’appartenance : lors des réunions de famille par exemple, on dit que quelqu’un ressemble à son père, à sa grand-mère ou à son oncle, bref, à quelqu’un qui le précède, qui était là avant lui. Les repères, le langage, l’air de famille, c’est l’appartenance à une communauté[1]. Le sentiment d’appartenance – dont le contraire est mieux connu : « l’exclusion » – est le souci majeur de notre époque. Il se fait que ce sentiment est conforté par la pratique musicale : autrefois, lorsqu’une communauté se réunissait et que les gens s’amusaient entre eux, ils avaient l’habitude de chanter ensemble, ou à tour de rôle, des chansons de leur répertoire familial ou communautaire ; c’est toute la question de la folk music, c’est-à-dire littéralement la musique pour les miens (« my folks » veut dire « mes parents »). Cette coutume de chanter ensemble des chansons identitaires s’est presque totalement perdue maintenant. Pourtant, le simple fait de chanter les chansons que l’on connaît nous rappelle des souvenirs communs et donc d’autant plus émouvants. En transposant cela dans le registre de la musique de masse, on retrouve quelque chose de cette charge affective : certaines chansons peuvent ainsi rappeler son enfance, son premier flirt, une période précise de vacances, une séparation, un disque que l’on a reçu où que l’on a offert, etc. La musique peut donc se charger d’une grande affectivité.

La question de l’originalité (dans le style musical comme dans l’image globale) qui constitue mon propos peut donc être interprétée en termes de rapport à l’histoire, même si la présence de l’histoire n’est pas perçue comme telle. Le groupe doit être original pour être identifié et cette identification doit être fermement établie ; mais cette originalité ne peut pas être totalement dissociée de toute référence à ce qui existe déjà, au risque de verser dans la banalisation. Là se situe le problème fondamental. En effet, l’originalité a toujours quelque chose d’exceptionnel et cette « exceptionnalité » n’est pas toujours facilement décodable. Comment créer la surprise sans être vain ? Quelqu’un qui, comme Jacques Dutronc, composerait aujourd’hui une chanson du genre 500 millions de chinois et moi et moi et moi[2], ne surprendra plus autant car ce genre a tellement été fait que ce n’est plus exceptionnel, ça a été banalisé. Il y a donc une complicité objective entre l’expérimentation, c’est-à-dire le morceau qui semble arriver de nulle part, qui n’a jamais été entendu auparavant, que l’on ne sait rattacher à rien, mais qui fait un tabac et l’authenticité personnelle qui est en fait l’originalité absolue, le morceau de musique écrit par quelqu’un qui ne veut pas qu’on y touche. Dans les deux cas c’est exceptionnel, irréductible, singulier, imprévisible et c’est ça le drame : les groupes veulent être exceptionnels, singuliers et originaux et en même temps, ils ne veulent pas être n’importe quoi : ils cherchent des repères, ils cherchent une poésie nouvelle dans un langage ancien.

Avec l’accélération de l’histoire due au pouvoir des nouvelles technologies (enregistrement, diffusion, capitalisation et ré-écoute à volonté), le problème est que cette poésie nouvelle ne peut négocier sa nouveauté qu’en détruisant le langage ancien. En fait, c’est pour cela que la question de l’originalité prend un tel relief. Personnellement, cela m’est très souvent arrivé de composer une chanson que je trouvais totalement originale sur le moment et puis de la réécouter le lendemain et de me dire que « ce n’est vraiment pas terrible ». Mais le pire, le coup de grâce par excellence, c’est de faire écouter une chanson que l’on vient d’écrire et que l’on trouve « de feu » à une connaissance qui nous dit : « Ça ressemble à fond à… Ça me fait penser à mort à… Cette idée-là, tu l’a piquée sur le dernier album de… » ou encore : « on sent tes influences… ». Ce qui semblait original tombe alors vite dans la banalité, c’est la grande déception.

Pourtant l’originalité à l’origine n’existe pas. On n’est jamais original avant de commencer à apprendre le métier. On est original lorsqu’on parvient à se démarquer de quelque chose qui existe déjà, ce qui suppose tout un travail, tout un parcours. Il est donc normal de ressembler à quelqu’un d’autre. Mais comme personne ne veut être la face B d’un artiste connu, il faudra alors aller encore plus loin. Paradoxalement, l’histoire nous permet alors de nous situer pour mieux se démarquer. Car nous avons écouté les disques des autres et ceux-ci nous influencent dans notre manière de composer, ne fût-ce que par l’utilisation de la gamme majeure, de suites d’accords ou de sons déjà entendus. Le tout consiste alors à ne pas leur être tout à fait identique. Le paradoxe est qu’il faille d’abord accepter totalement de n’être qu’un imitateur, surtout dans les premières années d’apprentissage d’un instrument de musique et celles des premières compositions et qu’il faille ensuite – non pas s’obliger à être original de manière négative, en surveillant et en censurant les influences trop détectables – mais oublier qu’on imite, et se dire tant pis !… En faisant le pari que quelque chose d’original sortira de soi-même. Ce n’est qu’au prix de ce paradoxe, que l’originalité s’accompagnera d’authenticité, c’est-à-dire d’un « sens » qui puisse à la fois renvoyer à des repères communs et, parlant la langue de tous, dire quelque chose qu’on est le seul à avoir à dire.

En conclusion les artistes se situent par rapport à des acquis et donc une certaine tradition et c’est par rapport à cela qu’ils vont négocier leur identité. Rien ne sert d’être original pour être original car le public a besoin d’un minimum de repères. La question est alors de faire mieux que ses prédécesseurs, tout en inventant de nouvelles significations à ce « faire mieux ».

Olivier Juprelle et Frank Lastköl

[1] « La culture populaire est à elle-même invisible, elle n’a pas de distance en elle-même ; elle ne sait pas qu’elle est ‘populaire’, qu’elle est une ‘culture’ ou encore qu’elle véhicule l’identité et la mémoire d’une communauté (clan, tribu, peuple, etc.). De prime abord et le plus souvent, elle accède à une telle identité comme étant la ‘sienne’, par différenciation d’avec des ennemis tutélaires, les voisins d’en face, ceux de l’île au large, ceux d’une autre couleur, d’une langue, bref d’une autre identité-mémoire. […] La culture populaire est une culture qui ne se sait pas, qui ne passe pas par la médiation scripturale pour se présenter à elle-même comme dans la ‘culture savante’ : elle est tout entière dans le comment-vivre-ensemble : comment parler, comment rire, comment pleurer, comment faire la cuisine, comment manger, comment boire et se saouler, comment pleurer ses morts et les enterrer, comment se comporter selon son sexe, comment se marier, faire l’amour, faire et élever des enfants… chacune de ces activités identifie, à l’intérieur d’un vaste système de significations formant contrepoint entre elles, l’âme’, c’est-à-dire la mémoire et l’identité d’un groupe. » (Pierobon, 2001, 118 et 120)
[2] Chanson écrite par Jacques Dutronc qui voulait relever le défi de composer une chanson en 5 minutes.
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7 choses que tu ne savais pas sur Marie Warnant

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